Evaluez la performance de votre Assurance-vie

Votre contrat d’assurance-vie vous rapporte t-il de l’argent ? La question est simpliste, il suffit de comparer sa valeur d’une année sur l’autre pour s’en rendre compte.  

Plus nébuleux maintenant : votre contrat d’assurance-vie vous apporte t-il une performance en phase avec votre exposition au risque et la performance générale des marchés financiers ? Il est plus compliqué d’y répondre puisqu’il faut des références pour effectuer une comparaison pertinente. 

La plupart du temps, votre contrat est composé de deux typologies de produits : 

  • Le fonds en Euro 
  • Des parts de Fonds Commun de Placement (appelés FCP / OPC / SICAV)

Concernant le Fonds Euro, nul besoin de revenir dessus. Je vous invite plutôt à consulter un de mes précédents articles : Fonds en Euro : Touché mais pas coulé !

Concernant les parts de Fonds Commun de placement, le sujet est vaste puisqu’il en existe une multitude avec des stratégies et des buts différents. Le questionnement sera pour autant toujours le même pour en apprécier la performance :

 
  • Quel rendement attendu ? 
  • Quelle performance vis à vis d’un indicateur de référence ? 
  • Quels frais supportés ? 
Mais avant d’aborder l’évaluation d’un FCP, je vais vous expliquer leur fonctionnement et leur philosophie. 

 

Les FCP, tous pareils ? Rien n’est moins sûr.

Qu'est ce qu'un Fonds Commun de Placement ?

Pour accéder aux marchés financiers de manière diversifiée et simplifiée au sein de l’assurance-vie (et même du PEA et Comptes-titres dans certains cas), votre conseiller vous proposera systématiquement l’achat de part de différents Fonds Commun de Placement. 

Mais alors, qu’est ce que c’est et comment ça marché ?

Un FCP est un véhicule d’investissement collectif géré par une société de gestion indépendante ou filiale de grands établissements bancaires. Ce fonds prévoit une politique de gestion et une stratégie d’investissement à laquelle elle doit en principe s’astreindre. Sa mission sera d’utiliser les fonds venant des épargnants pour acheter des titres financiers selon sa stratégie puis de gérer ce portefeuille sur le long terme.

En clair : En achetant des parts de FCP, vous vous offrez une diversification et une stratégie d’investissement pensée par une société dont c’est le métier et dont vous connaissez à l’avance l’exposition au risque et par conséquent le potentiel de rendement. L’achat de parts de FCP vous permet aussi de posséder une fraction d’un grand nombre de titres financiers, ce qui n’est pas possible si vous achetez directement des actions en votre nom. 

En encore plus clair : Cela revient à acheter une équipe de football et à choisir un entraîneur dont vous appréciez la philosophie. C’est votre argent qui est investi mais vous confiez la gestion à un professionnel puisque vous n’avez ni les compétences ni le temps de le faire. En échange d’un salaire (les frais de gestion en l’occurrence), cet entraîneur va choisir ses joueurs et sa stratégie. 

Et si l’entraîneur s’avère être peu performant ? Et bien pas de mystère : on change ! 

Les FCP sont la base ce que l’on appelle la gestion active dont le but est de produire une performance supérieure aux indicateurs de référence. Pour un fonds action exposé aux grandes capitalisations française, le but est donc de faire mieux que le CAC40.

Les principaux types de Fonds Communs de Placement

La typologie des FCP est inhérente à la stratégie annoncée du fonds, voici les principaux : 

  • Fonds actions (Investissement en actions et liquidités)
  • Fonds obligataires (Investissement en obligations d’Etats ou privées et liquidités)
  • Fonds diversifiés (Fonds mêlant obligations, actions et liquidités)
  • Fonds flexibles (Fonds ayant une exposition minimum et maximum préétablie aux différents actifs)

Ces fonds doivent par ailleurs fixer des critères d’investissement précis : 

  • Emplacement géographique (Zone Euro, France, USA, Monde)
  • Taille de la capitalisation pour les actions (de très grande capitalisation jusqu’aux plus petits start up)
  • Stratégie Growth ou Value (Valeurs de croissance / valeurs décotée ayant un fort potentiel) 
  • Note de solvabilité pour les obligations

Puis enfin, il leur faut expliciter leur manière de choisir les actifs : 

  • Le Stock Picking : Choix d’actif selon leur valeur intrinsèque (approche micro économique)
  • L’approche Top down : Choix d’actif selon des anticipations macro-économique
Pour clarifier, le stock picking s’attache en priorité à la qualité de l’entreprise puis vérifie dans un second temps qu’elle évolue dans un secteur porteur. A l’inverse, l’approche top down suppose d’identifier des marchés porteurs pour ensuite y choisir des entreprises.

Où trouver les informations relatives à un fonds commun de placement

Maintenant que vous savez tout sur le fonctionnement des FCP, reste à savoir où trouver toutes ces informations afin de vous faire un avis sur le bien fondé de la stratégie du fonds qui vous est proposé. Pour cela, il existe deux documents à consulter : 

  • Le DICI ou Document d’Information Clé pour l’Investisseur qui détaille la stratégie d’investissement ainsi que les frais
  • Les rapports mensuels détaillant l’exposition réelle du FCP, sa performance ainsi qu’un paragraphe expliquant les choix stratégiques
Vous trouverez dans ces documents l’indicateur de référence utilisé pour mesurer la performance du FCP.
 
Voici un exemple de rapport mensuel pour le fonds Oddo BHF Avenir Europe.

Rendement attendu & Indicateur de référence

En gestion de patrimoine, le discours sur le risque reprend toujours les mêmes poncifs : pas de rendement sans risque ou encore le risque est rémunérateur. La formule est belle mais elle oublie souvent de préciser la potentialité de ce rendement. Certes, le risque suppose un rendement supérieur mais à condition que ce risque soit pris au bon moment et sur les bonnes valeurs. 

Rendement attendu : le risque de l'approximation

Vous êtes nombreux à demander à votre conseiller le rendement potentiel de l’allocation d’actif proposée à l’ouverture d’un contrat d’assurance-vie. S’il est risqué et hasardeux de donner une telle estimation, surtout en cas de déconvenue, de nombreux conseillers s’y risquent tout de même. 

Pourquoi est-ce si difficile ? Parce que le rendement dépend pour beaucoup de la conjoncture de marché, toute approximation sur le rendement doit être appréciée sur le long terme et sous forme de moyenne. Si votre conseiller vous annonce un rendement recherché de 4,5% par an, cela ne veut pas dire que vous ferez 4,5% chaque année. D’ailleurs, cela ne veut même pas dire que votre rendement annualisé sur 10 ans sera de 4,5%.

Je n’apprécie pas cet exercice d’approximation mais mouillons nous un peu :

  • Fonds Euro : rendement attendu de 1,60% 
  • Fonds obligataire : rendement attendu entre 2,5% et 4%
  • Fonds action : rendement attendu entre 4% et 6 %
N’oubliez pas que ce n’est qu’une estimation qui dépend énormément du FCP en lui même. Par exemple, le fonds H2O Multibonds est un fonds obligataire au fonctionnement particulier et au risque très élevé, plus que la plupart des fonds exposés aux actions. 
 
Pour autant, si vous être friand de cette approche, il vous suffit de pondérer ces rendements attendus selon votre pourcentage d’investissement afin d’obtenir un rendement global attendu sur votre contrat. 

Indicateur de référence : vos fonds de placement sont ils performants ?

Un fonds commun de placement est-il performant parce que son rendement est positif ? A l’inverse, est-il peu performant s’il vous fait perdre de l’argent ? Et bien non, il nous manque une chose essentielle pour juger de la performance d’un fonds : un élément de comparaison. 

Imaginons que vous possédez un fonds exposé aux actions françaises. Logiquement, l’indice de référence à rapprocher de votre fonds d’investissement est le CAC40 si l’exposition ne concerne que des très grosses capitalisations ou le SBF 120 pour des capitalisations plus diversifiées.

Voici les performances du SBF 120 sur 3 années :

  • 2016 : + 7,40%
  • 2017 : + 13,20%
  • 2018 : – 9,70%

C’est donc la performance que vous auriez eu en répliquant simplement l’indice SBF120 sans aucun arbitrage ou sélection de titres particuliers. 

Voyons maintenant la performance du fonds Amundi Actions France : 

  • 2016 : + 1,50%
  • 2017 : +9,80%
  • 2018 : – 14,70%
Soit une performance annualisée de 3,63% pour le SBF120 et de -1,13% pour le Fonds Amundi Actions France alors que sa raison d’être est de procurer une performance supérieure au SBF120
 
Il apparaît donc nettement que ce fonds n’est pas performant sur un horizon 3 ans. Il ne l’est d’ailleurs pas non plus sur un horizon 5 ans ou 8 ans. Justifie t-il alors ses frais de gestion ? Evidemment non.
 
Cet état de fait justifie de plus en plus le recours à une gestion passive via des trackers ou ETF chargés de répliquer un indice moyennant des frais largement inférieurs. Dans notre nouvel environnement économique et financier, rares sont les fonds à battre durablement leur indice de référence.

Les frais, véritable poids sur la performance

Impossible aujourd’hui de placer son argent sans faire face à des frais et cela quelle que soit l’enveloppe choisie. L’assurance-vie est-elle même un véritable mille feuille de frais divers qui viennent logiquement impacter votre rentabilité.

Le sujet du jour étant les fonds communs de placement, quels sont les frais supportés par ces véhicules d’investissement ? 

  • Les frais d’entrée : Gratuit en principe au sein d’un contrat d’assurance-vie puisque supportés lors du versement sur le contrat, ce qui n’est pas le cas au sein d’un PEA ou d’un Comptes-titres. Ces frais varient entre 0% et 5% selon la politique du FCP.
  • Les frais de gestion : La rémunération du travail du gérant et de l’équipe de gestion, ces frais sont imputés annuellement sur la performance du fonds. Ils sont par exemple de 1,53% pour le fonds Amundi Actions France.
  • La commission de surperformance : Si le FCP parvient à produire une performance supérieure à son indice de référence, une quote part de l’écart entre les deux est prélevée au titre de cette commission.
  • Les frais d’intermédiation dans le fonds : Les arbitrages décidés par le gérant peuvent entraîner des coûts supportés par le FCP lui même. Ces frais sont difficiles à quantifier puisque très variables.
  • Les frais de sortie : De plus en plus rare, ces frais s’appliquent lorsque vous revendez vos parts d’un fonds. On les retrouve davantage pour des produits peu liquides comme les Fonds en Euro nouvelle génération.
Cet empilement de frais conjugué à un changement total de la conjoncture économique permet certainement d’expliquer pourquoi la gestion active ne parvient plus à faire mieux qu’une simple gestion passive. 

Il est urgent de vous demander s’il est encore pertinent de garder une allocation d’actifs essentiellement composés de Fonds Communs de Placement alors qu’il existe aujourd’hui de nouveaux produits de gestion passive dont les frais sont très inférieurs et la performance supérieure sur le long terme.